Conduites défensives

Conduites défensives

Publié le 21/05/2014 à 18h54 (mise à jour le 07/01/2017 à 14h19)

conduites défensives

 

 Vignette

  •  En créant ce personnage, j’ai délibérément laissé ses extrémités « griffées » pour exprimer sa peur, son mécontentement, son besoin de se défendre contre ce qui l’agresse.

Webmaster éditoriale                      Sophie Lattion, présidente de l’Association


L’indépendance, l’autonomie: Un état d’équilibre

Publié le 21/05/2014 à 18h54 (mise à jour le 07/01/2017 à 15h01)

  • L’indépendance correspond à un niveau de satisfaction des besoins de la personne qui adopte, en fonction de son état des comportements appropriés ou qui accomplit elle-même des actions sans l’aide d’autrui.1
  • L’autonomie est la capacité à choisir de son propre chef, sans se laisser influencer par une autorité extérieure.2

Il me parait important d’explorer avant d’aller plus loin ce que sont le cerveau cognitif et le cerveau émotionnel .

On observe trois phénomènes chez la très grande majorité des personnes que nous accompagnons lors d’un soin comme la toilette parce qu’elles sont en situation de fragilité, de vulnérabilité, de dépendance:

L’hypersensibilité relationnelle: Inséparable de la précédente: la personne malade est, dans ces moments-là, beaucoup plus sensible à la manière dont les autres vont la regarder (ou ne pas la regarder), lui parler (ou ne pas lui parler), la toucher, etc.

L’hypersensibilité empathique: Elle comprend l’empathie cognitive et émotionnelle.

Syndromes démentiel et hypersensibilité – Conséquences :

Ce sont toutes ces facultés cognitives qui, lorsqu’un Bds vit certaines situations de soins émotionnellement et/ou sensoriellement désagréables, par exemple des soins dentaires ou gynécologiques, lui permettent de les comprendre et de les supporter. Ce sont ces facultés d’analyse, de raisonnement, de reconnaissance, etc., qui, notamment lui permettent de se souvenir du pourquoi il est dans un cabinet dentaire, de reconnaître le cabinet, le dentiste, ses instruments, de comprendre les intentions qui président à ses gestes, de raisonner la douleur, etc.

Il importe de préciser que les personnes atteintes de syndromes démentiels sont, au fur et à mesure de l’avancée de leur maladie, moins capables de gérer cognitivement leurs désirs, leurs absences de désir, les contraintes liées au milieu. (Accepter un soin parce que c’est le moment habituel de ce soin-là; accepter un horaire parce que c’est celui de la collectivité; manger un peu à table même si on n’a pas très faim; attendre le repas lorsque la faim est là).

Des pièges et malentendus dans le prendre-soin – Quelques exemples :

  • Concernant le toucher:
    Saisie en pince; manutentions avec de fortes pressions sur de petits surfaces (type personne allongée sur le dos que nous tournons sur le côté en envoyant nos mains dans son dos et en tirant vers nous); touchers rapides sur de petits surfaces du corps; touchers trop tôt dans le soin – par exemple, toucher sur les fesses pour les besoins d’un change, sur des zones très sensibles, très intimes du corps.
  • Concernant le regard:
    Absence de regards; regards de haut, de travers, fuyants, de trop loin.
  • Concernant la parole:
    Absence de parole; ton sec, froid, agacé.

Qu’observe-t-on chez le soignant lorsqu’il fait un acte de prendre-soin auprès d’une personne dont il a peur? Il utilise alors des manières, inconscientes le plus souvent, pour se protéger, éviter qu’elle le blesse. Ainsi, le soignant va aisément: ne pas le regarder dans les yeux pour éviter de la défier; se placer corporellement en position d’être au-dessus de la personne, de la dominer; la toucher de manière rapide, sur des zones précises, peu vastes, de son corps.

Toutes ces conduites de protection, comment sont-elles le plus souvent perçues par la personne dont nous prenons soin? Elle perçoit un humain qui entre en relation avec elle et la touche mais la domine (position d’agression), ne la regarde pas ou seulement de haut ou de travers, lui parle peu, la touche vite, etc. Autant de perceptions qui déclenchent émotionnellement des ressentis négatifs, d’hostilité, d’agressivité.

Plus un soignant a peur d’un patient, plus, légitimement, il se protège. Plus il se protège, plus il a des attitudes qui font croire au patient, à cause des symptômes de sa maladie, que le soignant lui est hostile, voire qu’il va l’agresser. Il se défend donc. Et il le fait comme quelqu’un qui ne peut plus le faire (facilement) verbalement, donc en repoussant le soignant, voire en le frappant, renforçant alors l’ensemble de ses attitudes défensives.

WEB_Maria LassnigSouvent regroupées sous la catégorie des « comportements d’agitation pathologique » (CAP), également qualifiées de « réactions de catastrophe », ces conduites défensives sont parfois interprétées par les professionnels comme des conduites agressives, ce qui complique encore leur résolution.

La perte de son autonomie rend la personne vulnérable, en la privant de la faculté d’agir par elle-même, et en lui imposant des décisions prises par autrui. La perte de la capacité de discernement, en particulier, prive la personne de l’exercice de son droit à l’autonomie. Bien qu’il n’existe pas de pathologies invariablement associées à l’incapacité de discernement, les troubles neuropsychiatriques, en particulier démence et dépression majeure, sont associés à un risque accru de perdre sa capacité de discernement. Cette capacité dépend de la sévérité de l’atteinte cognitive ou dépressive, ainsi que de la complexité de la question posée au malade.

La perte de l’autonomie peut également résulter, y compris en l’absence de déficits cognitifs, d’une atteinte liée à l’expérience de la maladie. La perte de contrôle sur soi, l’isolement profond, la dépendance à l’égard des autres, la crainte de la mort et la perte des cadres de référence habituels (lors d’une hospitalisation par exemple), sont autant de facteurs qui peuvent porter atteinte à l’autonomie de la personne malade.3


1 Définition consultée sur http://www.infirmiers.com/pdf

2 Définition consultée sur La revue de formation continue, Revue Suisse médicale « Vieillir et devenir vulnérable » de S. Monod A. Sautebin

3 Approche de la personne atteinte de démence dans les soins d’hygiène comme la toilette de Y. Gineste, R. Marescotti, J. Pellissier

Image Peinture de Maria Lassnig, grande dame de la peinture figurative autrichienne, décédée à Vienne à l’âge de 94 ans. Artiste engagée, elle est née en 1919 à Kappel am Krappfeld, en Autriche, et est surtout connue pour avoir exploré, «les sensations internes du corps» depuis la fin des années 40, en commençant par le sien.