Concept de la souffrance

Concept de la souffrance

Publié le 20/05/2014 à 09h14 (mise à jour le 21/12/2016 à 9h26)

Définition

Etat de ressentir une douleur physique ou morale.
On trouve divers synonymes liés au mot souffrance exemples :
Douleur – blessure – affliction – épreuve – déchirement – chagrin – peine – tourment

La douleur et la souffrance sont deux termes qui indiquent des concepts différents.

La souffrance est éprouvée par l’être humain qui perçoit une atteinte à son intégrité personnelle, sur le plan physique, psychologique, relationnel ou culturel et qui n’a pas les ressources pour y faire face. Le malade rentre parfois dans une grande dépression qui peut lui donner une envie de suicide. La souffrance englobe tous les aspects multidimensionnels de l’homme. Plus la douleur est chronique, plus il faudra être vigilent pour cerner les différents problèmes. Il faut évaluer les expressions verbales et non verbales, ainsi que valider la douleur et la souffrance auprès du patient. C’est lui qui vit dans son corps et dans son âme la douleur et la souffrance. La souffrance peut être présente dans la vie d’une personne sans la douleur physique. Elle peut être produite par différentes situations :

  • Un passé douloureux (orphelinat, maltraitance, la guerre)
  • Un deuil qui affecte votre vie (perte de parent, d’un enfant, d’un conjoint etc).
  • Une séparation ou un divorce.
  • Une stérilité qui marque la vie d’une femme, d’un couple.
  • La perte de son emploi qui vous déstabilise et qui peut vous écarter de la société.
  • Une retraite anticipée et non attendue et qui change le cours de la vie au quotidien.

La souffrance globale du malade

La maladie engendre des souffrances multiples. Elle apparaît comme une rupture d’équilibre, au cours de la vie, une remise en cause personnelle .Certains malades souffrent tellement qu’aucune communication n’est possible. Une fois la douleur soulagée et la période de repos induite par un traitement adapté, le patient retrouve le dialogue avec sa famille et les soignants.

Par quoi les malades sont-ils éprouvés ?

Souffrance physique

La douleur

Aigüe, elle survient parfois brutalement, plus ou moins forte. Elle inquiète mais elle permet de poser un diagnostic. Lorsqu’elle est chronique, elle ne lâche pas le malade. Elle constitue un des éléments primordiaux de la souffrance. Lancinante, continue, avec quelques paroxysmes, elle lui rappelle sans cesse sa maladie, elle absorbe toute son énergie.

La rupture du quotidien.

L’équilibre de ses activités quotidiennes habituelles et simples sont perturbées (respirer, se lever, se laver, s’habiller etc..). Toutes ces actions lui demandent des efforts considérables et beaucoup de temps.

Souffrance psychologique

L’inquiétude

Le malade ressent une profonde inquiétude face à sa maladie.

  • Vais-je guérir ?
  • Aurais-je des séquelles ? Pourrais-je redevenir comme avant ?
  • Existe-t-il encore des traitements ?
  • Suis-je condamné ?

L’équilibre est rompu, l’avenir devient incertain. Cette inquiète est exprimée de manière différente selon les personnes et selon les moments (déni, questions incessantes, besoin de présence.) Les malades souhaitent des explications sur leur état, tout en redoutant la réponse. Alors certains choisissent le silence, qui deviendra un jour insupportable.

Perte de l’estime de soi

L’altération de l’image corporelle, par la maladie ou par des traitements (séquelles de chirurgie, amputation, handicap, chimiothérapie, colostomie etc.) entraine une perte de confiance en soi. Le malade ne se reconnaît plus et se demande comment les autres peuvent l’accepter et l’aimer! Il se replie ne se sentant plus digne de la considération des autres.

Souffrance sociale

La dépendance

Le malade souffre de dépendre des autres

  • Horaires des soins, visites de son entourage.
  • Manque d’intimité.
  • Besoin d’être aidé dans les gestes les plus simples.
  • Manque d’autonomie

La vulnérabilité et l’exclusion

  • La personne se sent rejeté et mis à part en raison de sa maladie ou de sa grande faiblesse.
  • Altération de son corps et de sa propre image (plaies, odeurs. amputation)
  • Les critères de beauté, rentabilité, efficacité, n’ont plus le même sens.
  • Elle souffre de ne plus avoir son rôle au sein de la famille, ne plus avoir d’activités sociale.

Mise en question du sens de sa vie.

  • Pourquoi moi ?
  • Qu’ai-je fais de mal pour être malade?
  • Je suis trop jeune pour mourir?

Dans ces moments de doute, de révolte, le malade va rechercher des forces dans l’amour des siens. Le soutien de ses amis et de son entourage est primordial.

Souffrance spirituelle

La peur.

  • Les peurs sont multiples et envahissent le malade.
  • Peur de souffrir, de la déchéance, d’être abandonné par son entourage.
  • Dans quelles conditions vais-je mourir? et quand ?
  • Peur de la séparation, inquiétude de laisser ceux qu’il aime.
  • Peur de l’au-delà, de l’inconnu, du mystère.
  • La peur d’être jugé.

Le doute

A ce moment-là toutes les certitudes religieuses sont parfois remises en questions et vient alors le doute. La révolte ne tient pas lieu de réconfort et ajoute une souffrance spirituelle.

Souffrance de l’entourage

Il est important de tenir compte de la souffrance familiale. L’équipe soignante a un rôle important et indispensable d’écoute et de soutien tout en restant vigilants et en gardant une distance nécessaire.1

Schéma de la souffrance

souffrance

Auteur du site :

Professeur Jean-François HERON , MD, PhD
Professeur de cancérologie de la Faculté de Médecine de Caen
Médecin spécialiste
Centre Régional François BACLESSE
Faculté de Médecine de CAEN
14000 – CAEN – France

Source internet « La souffrance totale » consultée sur http://www.oncoprof.net


Image 1 Peinture de Maria Lassnig, grande dame de la peinture figurative autrichienne, décédée à Vienne à l’âge de 94 ans. Artiste engagée, elle est née en 1919 à Kappel am Krappfeld, en Autriche, et est surtout connue pour avoir exploré, «les sensations internes du corps» depuis la fin des années 40, en commençant par le sien.

Un mot sur le choix de cette peinture. Elle représente le besoin de se libérer de la souffrance en supprimant ce qui la provoque ou en voulant se supprimer. Mais la finalité est la même. Stopper le calvaire qu’elle subit. On peut imaginer qu’elle se défend contre des soins qu’elle n’intègre pas.

Sophie Lattion – webmaster éditoriale